Aux Philippines, la population évalue ses droits

jeudi 30 septembre 2010 par Bernardo D. Larin - PhilRights , Terre des Hommes France

RENCONTRE - Bernardo D. Larin est coordinateur du programme sur les droits économiques, sociaux et culturels de l’organisation Philippine Human Rights Information Center (PhilRights), la branche de recherche et d’information de l’Alliance philippine des défenseurs des droits de l’Homme (PAHRA).

Comment pensez-vous que l’approche basée sur les droits de l’Homme peut combattre la pauvreté ?
Il y a toujours eu de la pauvreté aux Philippines et les organisations ont toujours essayé de la combattre. Quand nous avons commencé à travailler sur les droits économiques, sociaux et culturels (DESC), cela nous a donné un nouveau point de vue sur les causes de la pauvreté et sur les moyens de résoudre les problèmes qui y sont liés. Nous avons présenté l’approche basée sur les droits aux organisations traditionnelles qui agissent pour le droit au logement ou à l’alimentation, etc. Cela leur a apporté un nouveau cadre de travail, une nouvelle façon de voir les enjeux car ce pourquoi elles se battent est en fait des droits. C’est une nouvelle arme pour lutter contre la pauvreté, un argument supplémentaire pour revendiquer le respect des droits auprès des représentants du gouvernement.

Quels sont les programmes de PhilRights comportant cette approche basée sur les droits ?
Quand nous avons commencé à travailler sur les DESC, il était encore difficile d’avoir des chiffres sur la violation de ces droits. On ne savait pas quand et comment le droit à l’alimentation ou au logement était violé. Pour y répondre, nous avons conduit un programme important de recherches basé sur des enquêtes auprès de la population pour établir des indicateurs.

Nous avons fait des sondages, mené des entretiens et des discussions en groupe de travail dans les trois principales îles du pays : Luçon, Visayas et Mindanao. Nous avons directement demandé aux gens d’évaluer si leurs droits étaient respectés ou pas. Nous nous sommes concentrés sur cinq droits : travail, logement, santé, alimentation et éducation.

Quels ont été les résultats de ces recherches ?
Par exemple, pour le droit à la santé, c’est important pour la population d’avoir au moins un centre de santé par village qui peut procurer suffisamment de médicaments et des services de soins suffisants. Aujourd’hui, la plupart des villages possède en effet un centre de santé, mais rares sont ceux qui peuvent donner des médicaments et dans les zones rurales, il n’y a pas assez de médecins. Pour le droit à l’alimentation, la population estime qu’il est respecté quand elle peut manger trois repas complets par jour. Or, selon notre enquête, les familles font deux repas complets voire un seul par jour.

À quoi ont servi ces indicateurs ?
À partir de ces indicateurs, nous avons rédigé un rapport alternatif destiné au Nations unies. Notre gouvernement, lui, a remis son rapport officiel en 2006. Si vous le lisez, vous verrez qu’il met en avant des lois, des politiques publiques mais qu’il ne parle pas des impacts de celles-ci sur la population. Nous avons donc décidé de remettre un rapport alternatif (présenté en octobre 2008) qui montre qu’en fait elle n’a pas accès aux programmes mis en oeuvre par le gouvernement ou qu’ils ne prennent pas en compte ses réels besoins.

Poursuivez-vous vos actions auprès de la population ?
Oui, il est important de former et de développer des compétences de leaders au sein des populations avec lesquelles nous travaillons. C’est leurs droits qui sont bafoués et il est donc essentiel qu’elles soient en mesure de les revendiquer. Nous formons des responsables pour qu’ils connaissent leurs droits et aussi pour qu’ils puissent mener des enquêtes ou négocier avec les représentants officiels. S’il y a des leaders, il est plus facile de recueillir des preuves et des informations qui pourront ensuite être transmises aux organisations de droits de l’Homme, aux médias... Ces informations permettent, par ailleurs, à nos organisations de soutien de mener des campagnes, de lutter pour une cause mais aussi de venir en aide aux victimes. Ce que nous voulons, c’est mettre en place un mécanisme d’accompagnement juridique et administratif des personnes. Il est important d’allier campagnes et accompagnement des victimes. Ce sont deux actions qui renforcent la revendication des droits. L’aide à la population doit comporter une volonté de changer les politiques publiques.

Propos recueillis par Irina Uberti

Cet article a été publié dans Défi (Septembre 2010), la revue trimestrielle de Terre des Hommes France.


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