Carton rouge pour l’industrie minière : les dirigeant miniers irresponsables mis en cause par des groupes locaux.

mercredi 10 novembre 2010 par Bernardo D. Larin - PhilRights

Manille – 300 manifestants se sont réunis fin septembre devant le Manila Hotel pour exiger que les propriétaires de mines irresponsables soient interdits aux Philippines. En déclarant que l’industrie minière ne devait pas s’implanter dans le tuwid na daan (droit chemin) les manifestants ont placardé des images faisant état de pratiques d’exploitation minière irresponsables, et ont attribué à l’industrie minière et au Département de l’Environnement et des Ressources Naturelles (DENR - Department of Environment and Natural Resources ) de mauvaises notes pour leur volonté d’attirer le soutien d’investisseurs dans de projets miniers à grande échelle dans le pays.

Ces groupes ont dénoncé les pratiques irresponsables telles que : destruction de l’environnement, tromperie des populations autochtones, affaiblissement de l’autonomie locale, manque de transparence et d’information sur leurs actions, violation des droits de l’homme. Ils ont également dressé un carnet de notes géant attribuant un carton rouge aux manquements du DENR à mettre en pratique des modèles d’exploitation responsables dans le secteur minier.

Cette mobilisation avait été organisée par la société civile en réaction à une conférence internationale sur l’exploitation minière, baptisée «  Mining Philippines 2010 » tenue dans cet hôtel et organisée par la Chambre des mines des Philippines.

Salvador Dimain, un chef Aeta de Cabangan Zambales, déclara qu’ils étaient venus jusqu’à Manille pour faire connaître leur colère et leur frustration face à la destruction en cours de leurs terres ancestrales par des opérations minières à grande échelle . « Non seulement ils ne se sont pas souciés d’obtenir notre autorisation pour mener leurs opérations, mais ils ont aussi détruit nos forêts, nos rivières et nos moyens de subsistance », a-t-il dit. « C’est pourquoi nous demandons au Président Noynoy qu’il donne ordre à son administration de stopper ce type d’exploitation minière  », a-t-il conclu.

L’administration en place met actuellement en œuvre la politique de relance de l’industrie minière dont elle a hérité du précédant régime Arroyo, connu sous EO 270-A, signé en Avril 2004.

Virginita Malaluan, une paysanne de Calatagan, Batangas, a fait écho à ces sentiments, craignant qu’en plus de la perte de leurs terres du fait de ces exploitations minières, leur approvisionnement alimentaire risque d’en être sévèrement affecté. Malaluan fait partie d’un groupe local de Batangas (Task Force Baha-Talibayog) qui s’oppose à l’arrivée des mines.

Dans le même temps, un leader autochtone de Palawan s’en est pris au DENR qui a donné son accord à un contrat d’exploitation minière dans la province, en disant que celui-ci était illégal. Artison Mandawa avait peine à contenir son émotion lorsqu’il posa sa question : « Le Conseil pour le développement durable de Palawan (PCSD- Palawan Council for Sustainable Development ) n’a pas donné son accord, alors pourquoi le DENR a-t-il approuvé le certificat de conformité environnementale ( ECC- environmental compliance certificate ) pour MacroAsia ? » MacroAsia doit ouvrir une mine de nickel de plus de 1100 hectares à Brooke’s Point, une ville au Palawan Sud. Mandawa, porte-parole de la tribu NATRIPAL (Nagkakaisang Tribu ng Palawan) a déclaré qu’ils avaient des cartes en leur possession montrant comme le projet minier va détruire des arbres pluri-centenaires de leur forêt primaire.

Dans une déclaration solennelle, des groupes de l’île Sibuyan, à Romblon, ont supplié les patrons de mines d’épargner leur île de la destruction. « Les Sibuyanons n’ont jamais exploité de mines sur l’île. Nous connaissons la richesse de nos ressources, et nous avons également la certitude que l’exploitation minière détruira notre biodiversité  », à déclaré Rodne Galicha, directeur de la Ligue des sentinelles pour l’environnement de l’île Sibuyanon (ISLE- Sibuyanon Island Sentinels League for the Environment ) . «  Nous cherchons les moyens de protéger notre biodiversité depuis le début, et nous ne pouvons pas permettre que des compagnies minières détruisent notre île et nous laissent ensuite avec rien d’autre que des forêts dévastées et des terres qui n’auront plus rien pour nous permettre d’assurer notre subsistance  ».

« Le Président Noy doit révoquer EO 270-A pour s’assurer que les intérêts miniers ne poursuivent pas leur mise à sac », a déclaré Père Archie Casey, du réseau religieux de l’Association des principaux supérieurs religieux des Philippines (AMRSP- Association of Major Religious Superiors in the Philippines). « Les notations données ici aujourd’hui reflètent la vraie nature de l’industrie minière aux Philippines – non durable, irresponsable et sale  », a-t-il conclu. L’Église catholique philippine a adopté une position très ferme contre l’exploitation minière dans le pays depuis de nombreuses années.

« Au point où nous en sommes, nous demandons au Président Noy d’écouter son patron , c’est-à-dire : nous qui sommes réunis ici aujourd’hui », a dit Jaybee Garganera, coordinateur national de Alyansa Tigil Mina (ATM), organisation à l’origine du défilé. « Le message est clair, M. le Président, l’industrie minière à grande échelle n’a pas sa place dans notre tuwid na daan ».

ATM est une alliance des communautés affectées par les mines et de leurs divers groupes de soutien - ONGs et organisations communautaires - avec d’autres organisations de la société civile qui s’opposent à la promotion agressive de ces activités aux Philippines. Le groupe appelle à l’annulation de la loi sur les mines (Mining Act) de 1995 et la mise en place d’une nouvelle législation sur la gestion du secteur minier. Ils réclament également la révocation de EO 270-A ainsi qu’un moratoire sur tous les opérations et applications minières à grande échelle dans ce secteur.

Bernard D. Larin – PhilRights.
Article traduit de l’anglais vers le français par Brigitte Lacharte

Pour plus d’informations :

Salvador Dimain, Aeta Chieftain (0915) 487.18.20
Jaybee Garganera, ATM National Coordinator, (0927) 761.76.02
nc@alyansatigilmina.net
Farah Sevilla, ATM Policy & Advocacy Officer, (0915) 331.33.61
policy@alyansatigilmina.net
Rodne Galicha, Exec. Dir., SAM/ISLE, (0905) 285.07.00
kalikasan101@gmail.com
Artiso Mandawa, NATRIPAL (0928) 203.09.08 / (0905) 614.56.31
matanggubat@gmail.com


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